Ils avaient 27, 24 et 22 ans. "Sauver ou périr" était leur devise. Ils étaient cinq pompiers au sein de la prestigieuse Brigade de sapeurs-pompiers de Paris. Soldats du feu; le Sergent Thomas GABREAU, le Caporal Gwenael PILORGE, le Sapeur Benoît LARMINIER, le Caporal Matthieu IRIGOIN, et le Caporal Romuald MOTTIN sont morts au feu dans le couloir exigu d'un immeuble de Neuilly-sur-Seine en luttant contre un banal "feu de chambre de bonne".
L'histoire est simple et tragique :
Samedi 14 septembre, 18H11. Les pompiers sont appelés pour un "feu de chambre", au sixième étage d'un immeuble du 43 de l'avenue Sainte-Foy à Neuilly. "C'était un petit feu comme on en fait 20.000 par an", dira plus tard un sapeur de la caserne Champerret à laquelle appartenaient les victimes.
Les cinq jeunes soldats, harnachés, casqués, équipés de masques respiratoires, escaladent les étages. Ils arrivent dans le couloir du 6e. De fortes émissions de fumée se font sentir au travers d'une porte. Là est le foyer de l'incendie, le feu qui menace tout l'immeuble et ses occupants.
Ils sont entraînés, rompus à ce type d'intervention. Ils enfoncent la porte. Une première explosion se produit, terrible, létale. Un puissant effet de chalumeau dans ce couloir obscur de 60 centimètres de largeur. Deux hommes tombent. Dix minutes plus tard, une autre équipe ouvre une seconde porte. Une seconde explosion se produit et emporte trois autres pompiers.
A l'enfoncement de la porte par les sapeurs-pompiers, s'est produit un "phénomène d'embrasement soudain de la poche de gaz avec un effet d'explosion"."C'est un phénomène bien connu chez nous. On l'appelle flash-over. C'est l'appel d'air qui déclenche l'explosion, en modifiant le mélange gaz/air.
C'est très difficile à voir: on intervient sous appareil respiratoire isolant,on ne peut pas voir ni sentir le gaz", a expliqué de son côté un spécialiste de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris.
Les cinq hommes sont à terre, foudroyés par le double effet de brûlure et de blast (souffle) qui provoque des lésions internes irréversibles. Leurs camarades, qui sont parvenus à éteindre le feu, les transportent dans les ambulances de réanimation au pied de l'immeuble. Etat de mort apparente,"arrêt cardio-ventilatoire" disent les médecins. Ils sont transportés à l'hôpital Percy de Clamart où les urgentistes ne peuvent que constater les décès
Le président Jacques Chirac a rendu hommage "au courage extraordinaire de ces hommes qui ont trouvé la mort au coeur de leur jeunesse, en se portant au secours d'autres vies, celles de femmes et d'hommes menacés par les flammes,celles de leur propres collègues aux prises avec le feu".
12 février 2008: début du procés de ce drame
La propriétaire de la chambre, Dominique De Galard Terraube, 58 ans, médecin de la fonction publique, louait sa pièce de 9 m2 à un homme en situation irrégulière pour 200 euros par mois. Elle est poursuivie pour la non-conformité de son installation électrique, qui n'avait pas été rénovée depuis 1981.
Cette femme a eu un comportement indignant envers les proches des victimes se disant non responsable de ce drame.
Quant aux deux locataires, ils se voient reprocher d'avoir branché une multitude d'appareils alors que l'installation ne pouvait supporter qu'un rasoir électrique ou un sèche-cheveux. Selon deux experts nommés dans le cadre de l'instruction, l'incendie survenu le 14 septembre 2002 a été provoqué par un court-circuit du téléviseur, sans doute dû à sa chute ou à de l'eau venant de vêtements qui séchaient au-dessus.
Le parquet de Nanterre a requis 24 mois de prison, dont 18 avec sursis, pour homicide involontaire contre Dominique de Galard Terraube, la propriétaire.
Les deux locataires polonais ont pour leur part fait l'objet d'une demande de relaxe du parquet pour le chef d'homicide involontaire.